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B O N N E V O I E     

     
 

Rue Godchaux

Verläuft von der Brücke an der Rue Auguste Charles am Hammer Ufer die Alzette aufwärts bis zur Stadtgrenze an der Gantenbeinmühle (Hamm-Schleifmühle).

Luxemburgische Bezeichnung: Schwaarze Wee oder Schleifmillen.

Die aus Lagrange bei Diedenhofen stammenden und nach 1795 in Luxemburg-Stadt angesiedelten Brüder Pinas und Lyon God(e)chaux (Gott-Schalk = Gottesknecht) sind die Ahnherren des Luxemburger Familienastes, der in Politik und Wirtschaft eine Rolle spielte.

Pin(h)as G. (1771-1851) bekleidete ein öffentliches Amt. Er war "Essayeur du bureau de garantie des matières d'or et d'argent" und auch "préposé des juifs dans le Département des Forêts". Sein Urenkel Emile (1864-1942) war von 1921-1924, 1934-1935 und 1936-1940 Mitglied des hauptstädtischen Gemeinderates. Paul (1844-1888), ein Enkel von Lyon G. (1764-1814) war von 1874 bis zu seinem Tode, der erste Bürgermeister der Gemeinde Hamm. Sein Vetter Jules (1845-1917) war Bürgermeister ab 1888 bis 1917.

Die Brüder Quetschlick (1799-1873) und Samson G. (1811-1887), die Söhne Lyons (oder Léons), errichteten 1828 in Schleifmühle eine Wollweberei und -spinnerei mit späteren Zweigstellen in Ettelbrück (1865) und Laroche-sous-Montigny (Meurthe-et-Moselle). 1883 fusionierten die Fabriken von Pulvermühle und Schleifmühle. Nach bewegtem Auf und Ab mußten die Betriebe in Schleifmühle und Ettelbrück 1939 ihre Tore schließen. Die Tricotfabrik Pulvermühle folgte 1951..

Source : "Ons Stad" n° 12, 1983

 


 

De "simples tisserands" aux "barons du drap" : les Godchaux

Il y a 175 ans, les frères Quetschlik et Samson Godchaux posent les fondements d'une aventure industrielle aux bords de l'Alzette

Bien avant l'industrie sidérurgique, les draperies constituent une espèce de monolithisme économique au Grand-Duché de Luxembourg. La politique d'encouragement dans le secteur du drap et d'autres étoffes de laine, menée par les autorités hollandaises au lendemain du Congrès de Vienne (1815), porte ses fruits. En 1826, plus de 170 drapiers travaillent à Echternach, Vianden, Wiltz, Esch-sur-Sûre et Larochette. Le développement de cette industrie a lieu essentiellement dans l'environnement productif des zones de l'est et du nord de notre pays. Deux ans plus tard, le drap va conquérir la vallée de l'Alzette, aux portes de la ville de Luxembourg, par le biais d'un couple d'industriels presque mythique: Quetschlik et Samson Godchaux. Ces "terrible twins" font transfigurer les moulins entre Schleifmuhl et Pulvermuhl moyennant une "révolution industrielle" inégalée. Jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la dynastie des Godchaux, dont notre mémoire collective a gardé la trace, va développer le potentiel endogène dans ce tronçon du cours de l'Alzette.

La draperie de Schleifmuhl est avant tout une histoire de famille, celle des Godchaux, qui trouvent dans cette cellule primordiale le know-how technique et les ressources financières nécessaires. Si la dynastie des "barons du drap" de l'Alzette est loin de constituer un modèle unique dans le paysage du patronat familial au XIXe siècle - les Wendel à Hayange, les Scrive à Lille, les Koechlin ou les Schlumberger à Mulhouse illustrent parfaitement l'adéquation de l'entreprise et de la famille -, le havre industriel des Godchaux occupe une position singulière dans le "hitparade" des fabriques luxembourgeoises. Une histoire raisonnée de cette famille de "simples tisserands, comme il y en avait tant dans le pays", faisant hélas défaut, nous tenons à rendre un hommage appuyé aux pionniers de l'aventure drapière qui rythmait jadis la vie autour du fief rural de Hamm, devenu commune sous l'impulsion des Godchaux. En général, le phénomène des entreprises familiales reste assez peu étudié au Luxembourg bien qu'actuellement, en Europe occidentale, entre 45 % et 65 % du PNB et de l'emploi soient assurés par des entreprises familiales.

Originaire de la Lorraine, la famille immigre au Grand-Duché à l'époque napoléonienne. En effet, les frères Léon et Pinas Godchaux quittent en 1795 Manom près de Thionville pour s'installer à Luxembourg. Pinas est préposé des Juifs dans le Département des Forêts tandis que Léon est commerçant à Luxembourg. Tout au long du "siècle des Godchaux", les membres de la famille peuplent le consistoire à Luxembourg. Soulignons, à titre comparatif, que les Peugeot font partie du consistoire supérieur en France à la même époque. Les protagonistes Quetschlik Godchaux (1799-1873) et son frère Samson (1811-1887) mettent sur pied une "start-up" qui va dominer toute une région. Patrons, maires et mécènes culturels, les Godchaux additionnent pouvoir économique, politique et social.

Force économique dans la vallée de l'Alzette

Si la fondation de la maison Godchaux remonte à 1828, les "terrible twins" ne s'installeront à Schleifmuhl qu'après 1830. Leurs premiers produits sont vendus dans un magasin à Luxembourg et présentés à l'Exposition des produits de l'industrie nationale à Bruxelles en 1830 : couvertures en laine, pièces de flanelle, molleton, espagnolette, drap coloré. La demande devenant de plus en plus grande, les maîtres de Schleifmuhl montent "d'autres métiers à bras et des ouvriers de la branche affluent de tous les côtés". Grâce au progrès technique et à l'esprit innovateur de la firme "Godchaux frères & Cie", la draperie va connaître un essor considérable. Les laines qui sont travaillées aux bords de l'Alzette arrivent de Marseille et d'Anvers. Les produits finis sont envoyés aux foires de Francfort et de Leipzig aussi bien qu'à l'Exposition universelle de Paris (1855). Et Samson Godchaux, officier de la Couronne de chêne, ne fait-il pas partie du jury de l'Exposition parisienne en 1867 ? Les uniformes "made in Schleifmuhl" sont exportés jusqu'en Angleterre.

Le succès économique de l'entreprise familiale n'est pas toujours au goût des autres drapiers luxembourgeois. Circule alors le bruit d'un prétendu monopole pour la fourniture du drap de soldat pour le contingent en 1848. Les frères Godchaux se défendent via la presse écrite: "Loin de devoir à une faveur quelconque ces petites commandes, dont on fait trop de bruit, c'est aux draps grossiers, défectueux et mal teints que les drapiers de Larochette et de Wiltz avaient fournis jusqu'à cette époque, mais surtout à la qualité perfectionnée des nôtres que nous le devons."

Quoi qu'il en soit, les autorités civiles et militaires constituent l'une des clientèles-cibles des Godchaux. Pendant la Première Guerre mondiale, la draperie à Schleifmuhl fabrique exclusivement des draps pour le gouvernement luxembourgeois. En 1914, la production s'élève à 292.800 mètres contre 455.820 l'année d'après. Avant 1914, la fabrique de tricots à Pulvermuhl, acquise en 1882 par la famille, confectionne 300.000 tricots par an. Pour ce faire, 90.000 kilos de laine d'Australie sont nécessaires. En 1870, une filiale de l'entreprise Godchaux ouvre ses portes à Ettelbruck à cause de l'importance du cahier des commandes.

Grâce au savoir-faire technique de la famille, les chiffres d'affaires ne font qu'augmenter. On peut affirmer que les membres de la dynastie sont de vrais "techniciens". Jules Godchaux, fils de Samson, se spécialise notamment à Verviers et Elbens. Jacques Godchaux étudie à l'école de tissage d'Elberfeld (Wuppertal) sans toutefois devenir directeur de cet établissement comme veux nous le faire croire Emile Godchaux dans son aperçu sur l'industrie textile au Luxembourg.

L'épisode triste des nazis met fin et à la fabrique de Schleifmuhl et à l'activité innovatrice des patrons.

A la conquête du pouvoir politique

L'industrie a ses territoires et ceux qui les dominent deviennent les maîtres de la région. La vague d'immigration des ouvriers qui vivent à proximité des installations industrielles change considérablement les données démographiques: calcul politique des Godchaux de fixer la main d'œuvre là où s'installe l'entreprise ?

Toujours est-il que la hausse démographique due à l'essor de la draperie vers les années 1870, 800 ouvriers travaillent pour le compte des "barons du drap" - crée un déséquilibre au niveau de la représentativité démocratique au sein du conseil communal de Sandweiler, commune à laquelle appartient Schleifmuhl. De ce fait, les chefs de ménage des sections Hamm, Schleifmuhl et Pulvermuhl adressent une pétition au bourgmestre de Sandweiler en vue d'une augmentation du nombre de conseillers à élire dans ces trois sections. L'initiative est prise sous la plume du patronat familial à Schleifmuhl qui pousse vers l'émancipation politique. Ainsi, l'"affaire" du nombre des conseillers va déboucher sur l'indépendance des sections susmentionnées qui, à partir de 1873, vont constituer une nouvelle entité politique: la commune de Hamm. Le bourgmestre, c'est le patron; la politique se fait dans son bureau à Schleifmuhl. Aussi le maître d'école n'est-il pas recruté dans la maison communale qui se trouve au lieu-dit "am Haff", près de l'église de Hamm (aujourd'hui: maison unifamiliale). Soulignons que le bourgmestre n'est pas indemnisé pour sa tâche communale afin de limiter les frais.

Cependant, intérêts économiques et volonté politique vont de pair: la construction d'un pont en fer sur l'Alzette (1876) ou l'établissement d'une usine à gaz (1879) sont des projets à la hauteur des ambitions des maires-patrons à Schleifmuhl. Même après 1921, date de la dissolution de la commune de Hamm au profit de la communauté urbaine de la Ville de Luxembourg instauré par Gaston Diderich, Emile Godchaux (1864-1942) continue à siéger au conseil communal de la capitale.

Il n'est pas sans intérêt d'évoquer le fait qu'un maire juif gouverne la citadelle catholique de Hamm. Néanmoins, les Godchaux encouragent la construction d'une nouvelle église paroissiale dont la consécration a eu lieu il y a 100 ans (8 juin 1903).

Le patronat héréditaire qui joue un rôle politique est un acquis de l'entreprise famille du XIXe siècle. Il en va de même pour la volonté de fixer les ouvriers et leur famille sur le "campus" industriel.

Le souci social de la famille Godchaux

Peu à peu, la commune de Hamm commence à "s'autoalimenter". Les "contrats d'amis" entre les Godchaux et le directeur des chemins de fer nationaux ne feront que renforcer et le potentiel endogène et l'hérédité professionnelle. Bien des décennies avant que le débat autour d'une législation sociale ne soit lancé au Grand-Duché, les "barons du drap" épousent le souci social du monde ouvrier. Aussi la mission socio-éducative des Godchaux augmente-t-elle l'unité et la cohérence des sites de Schleifmuhl et de Pulvermuhl. Le lavoir, l'école gardienne, le casino d'aliments et la vie associative sont autant de moyens pour attirer les salariés - et pour les garder -, d'acculturer à l'industrie moderne ces familles encore proches de leurs racines paysannes. Encore de nos jours, le promeneur averti peut apercevoir les témoins de la vie sociale d'antan (ancienne école gardienne, logis des travailleurs, lavoir,...). La vue d'ensemble de J.B. Fresez reflète l'importance de l'"univers Godchaux" qui nous fait penser au célèbre Familistère ou Palais social érigé entre 1859 et 1879 à Quentin par Jean-Baptiste Godin. Dans son ouvrage consacré à l'histoire de l'industrie en France, Denis Woronoff stipule que le modèle où les salariés sont logés, peuvent s'approvisionner dans le magasin patronal et confier leurs enfants à la garderie est profondément catholique. Or, la vie sociale et culturelle est très intense dans la firme des propriétaires juifs de Schleifmuhl-Pulvermuhl.

En effet, après des journées de travail longues et pénibles aux bords de l'Alzette, on y chante, danse et boit - sous le regard bienveillant du (maire) patron ! En 1852, la chorale des ouvriers participe au premier concours de musique du Luxembourg (19 chanteurs) et, dix ans plus tard, au Festival choral du Grand-Duché (24 chanteurs). L'Orphéon, présidé par Ernest Godchaux, participe aux fêtes et cérémonies officielles du GrandDuché. Soulignons que les frères Quetschlik et Samson Godchaux sont membres du Cercle musical de Luxembourg. Mais la vie dans les quartiers d'habitation n'est pas toujours "harmonieuse". A plusieurs reprises, la gendarmerie doit intervenir activement pour réprimer les rixes qui ont lieu entre les ouvriers.

Comment ne pas évoquer brièvement l'épisode triomphal des "pompiers armés" du premier bourgmestre de Hamm, Paul Godchaux (1844-1888), dépassant en nombre l'armée royale grand-ducale lors des retraits aux flambeaux? Le maire-patron fait armer le corps des sapeurs pompiers des ouvriers de Schleifmuhl. A l'occasion de l'entrée du Roi Grand-Duc Guillaume III à Luxembourg, en mai 1883, Paul Godchaux mobilise son "armée privée" : "er setzte sich mit verguldetem Helm und langem Säbel auf einem Schimmel reitend an die Spitze seiner Armee. Im ganzen marschierten sechzehn Trompeter, sechzehn Trommelschläger und zweihundert Mann mit Gewehren hinter ihm." La morale de l'histoire: les autorités interdisent le port des armes aux ouvriers-pompiers de Schleifmuhl !

A la recherche du temps perdu

Que reste-t-il de cette aventure drapière? Des bâtiments industriels qui témoignent de la circulation des hommes, des matériaux et des choix de la famille Godchaux. Aujourd'hui l'enveloppe industrielle d'hier héberge des services communaux tels que la Voirie, les Archives de la Ville de Luxembourg, le Service forestier, etc. Au milieu du site qui fut jadis centre géographique, économique et politique de la draperie se trouve la villa du patron. Berceau d'une industrialisation urbaine, l'ancienne fabrique des Godchaux se prête à merveille pour documenter la naissance d'une industrie textile de choix au Grand-Duché de Luxembourg dont l'histoire enflammait même Batty Weber. Dans ses fameuses "Abreisskalenderblätter", il invite ses lecteurs : "Wen das herrliche Wetter dieser Tage auf die Promenade von Schleifmühl hinauslockt, wird es nicht bereuen, und er wird, wenn er nun in der Geschichte der Siedlung etwas genauer Bescheid weiß, mit doppeltem Interesse die Vergangenheit zu sich reden lassen."

Marc Jeck
(Source : Luxemburger Wort du 22 mai 2003)

 
     
 
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