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Les OGM: Pas d'espoir pour les mal-nourrisLes plantes transgéniques, loin d’en être la
solution, Certains milieux scientifiques et politiques, en première ligne les États-Unis d’Amérique, condamnent depuis quelque temps la position européenne vis-à-vis du génie génétique. En particulier, les États de l’Union Européenne, qui depuis 1999 bloquent préventivement la mise sur le marché des plantes génétiquement modifiées, sont appelés à ignorer la demande pressante de la population — consommateurs, écolos, agriculteurs, producteurs d’aliments — pour une réglementation stricte concernant la mise sur le marché et l’étiquetage d’aliments transgéniques (1). On reproche à certains « mouvements verts », comme par exemple Greenpeace, d’agir de façon irresponsable en s’opposant au développement des techniques prétendument nécessaires à combattre la faim dans les pays pauvres. Toutefois, jusqu’à présent, aucune des nations concernées n’a exprimé un tel reproche. Le numéro deux de l’agrochimie mondiale, la multinationale Monsanto, responsable de 91 % des cultures transgéniques mondiales en 2001, a essayé en 1998 de convaincre un public européen sceptique à l’aide d’une campagne publicitaire de 1,5 millions de dollars qui s’intitulait « Let the Harvest begin » (Que la récolte commence). Monsanto y suivait les conseils de l’agence de relations publiques « renommée » Burson Marsteller qui recommandait d’éviter le débat suicidaire (pour Monsanto) à propos de la relation entre les OGM, l’environnement et la santé, et de mettre en évidence plutôt les « bienfaits » du génie génétique pour les pauvres. Il s’agissait de faire passer les «verts» occidentaux pour des démons qui s’opposeraient à ce que les industries de la biotechnologie « nourrissent le monde ». « Let the Harvest continue »Par la suite, les délégués de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) de tous les pays africains, à l’exception de l’Afrique du Sud, condamnèrent avec véhémence dans une lettre commune intitulée « Let the Harvest continue » (Qu’on continue la récolte) la politique de Monsanto. « [Nous] refusons catégoriquement que des entreprises multinationales gigantesques se servent de l’image de nos pauvres et mal-nourris pour forcer une technologie qui n’est ni sûre, ni écologique, ni d’un intérêt économique pour nos peuples »…« Nous sommes d’avis que la diversité, les connaissances locales et les méthodes d’exploitation agricoles durables développées durant des siècles par nos paysans, s’en trouveraient détruites et que [le génie génétique] va miner notre capacité à nous nourrir nous-mêmes. » (2) Famines malgré un excédent de nourriturePlus de 815 millions de personnes dans le monde souffrent de faim. Les causes de la malnutrition sont multiples, mais la productivité de l’agriculture n’y intervient que rarement. Actuellement, les récoltes sont suffisamment abondantes pour nourrir plus de 12 milliards de personnes sur terre (3). Jamais il n’y a eu un tel excédent de nourriture - non seulement dans les pays riches industrialisés. En effet, les pays en voie de développement produisent également de bonnes récoltes et ce souvent dans le voisinage immédiat de peuplades souffrant de faim. 80 % des enfants sous-alimentés d’un âge inférieur à cinq ans vivent dans des pays dont la production alimentaire est excédentaire (4). Tenter de résoudre le problème de la faim dans le monde par la seule augmentation du rendement des récoltes est une aberration. Les vraies raisons de la famine sont d’ordre socio-politique: pauvreté de la population, paysans manquant de terre cultivable, d’eau et de semences, conditions de marché peu équitables. À cela viennent s’ajouter les dysfonctionnements étatiques, la mainmise de gros propriétaires sur les surfaces cultivables, les guerres et le manque d’éducation de la population. Beaucoup de pays du tiers-monde sont fortement endettés et exportent leurs produits alimentaires, fourrages et autres produits de l’agriculture dans les riches pays de l’hémisphère nord afin de se procurer des devises, souvent même lorsque la propre population est sous-alimentée. 40 % des récoltes mondiales de céréales servent à l’élevage du bétail: un gigantesque gaspillage de protéines au détriment des pauvres et des affamés. Le commerce mondial des produits alimentaires, fortement subventionnés surtout en Europe et aux États-Unis d’Amérique, et donc seulement bon marché en apparence, a fait régresser la consommation des produits du terroir. Ce « dumping alimentaire » détruit peu à peu la production locale dans les pays du tiers-monde et ruine un nombre incalculable de paysans. L’Argentine: récoltes record — malnutrition recordRésoudre le problème de la faim dans le monde par les OGM est plus que douteux, comme le démontre l’exemple actuel de l’Argentine : après les États-Unis, l’Argentine est le pays cultivant le plus de plantes transgéniques au niveau mondial. Mais, depuis l’introduction des OGM, la malnutrition augmente de façon dramatique. En effet, la culture transgénique pratiquée par les gros propriétaires est orientée à l’exportation, de sorte que peu en profitent et que la majorité de la population est sous-alimentée (5). Monsanto, Syngenta, Aventis & Co.: profits et contrôle au lieu d’aide aux pauvresLes plantes transgéniques actuellement commercialisées tels le soja, le maïs, le colza et le coton sont des produits de masse très profitables. Ces produits, mis en vente dans le monde entier, sont particulièrement bien adaptés à une agriculture industrielle, caractérisée par la monoculture, la mécanisation et l’emploi intensif d’herbicides et d’engrais. Les plantes transgéniques permettent aux multinationales de gagner sur deux tableaux: ainsi Monsanto commercialise des OGM qui résistent à l’herbicide Roundup Ready produit par la même Monsanto. Certaines céréales sont monopolisées par des dépôts de brevets, ce qui multiplie profit et parts de marché. Aux États-Unis d’Amérique et au Canada, les agriculteurs qui achètent des semences transgéniques brevetées sont obligés par des «Technology Use Agreements» (accords sur l’utilisation de la technologie) à acheter également les herbicides qui leur sont associés. Monsanto poursuit impitoyablement en justice tout paysan qui utilise – volontairement ou involontairement - des semences brevetées. Actuellement, plus de 475 cas sont connus aux États-Unis, dont 250 font l’objet d’une poursuite en justice. Dans les pays de l’hémisphère sud, les agriculteurs tirent environ 80 % des semences de leur propre récolte. Pour les multinationales de l’agroalimentaire, c’est donc un nouveau marché très prometteur qui s’ouvre, s’ils parviennent à introduire les plantes et semences brevetées. Mais les 1,4 milliard de pauvres paysans du Sud couvrent leurs besoins en majeure partie eux-mêmes et ils sont incapables de payer pour des produits high-tech coûteux. Le marché des plantes transgéniques est actuellement contrôlé par une poignée de sociétés multinationales. Pour pouvoir étendre leur mainmise sur le marché de l’agroalimentaire, elles développent des techniques transgéniques dites «Genetic Use Restriction Technologies» (utilisation restrictive des technologies génétiques) qui rendent la croissance de certaines plantes transgéniques dépendante d’une substance chimique bien particulière ou qui produisent des récoltes stériles (technologie Terminator). Ces techniques menacent la sécurité alimentaire mondiale. Les plantes transgéniques: paroles, paroles, paroles …Un des crédos de l’industrie des OGM est que les plantes transgéniques résistantes aux herbicides nécessiteraient moins de pesticides. Mais la pratique de la culture in vivo des ces plantes récuse incontestablement ce mythe. Ainsi, des statistiques du « US Department of Agriculture » démontrent que le Roundup Ready Soja de Monsanto a nécessité, en 1998, en moyenne 11,4 %, mais souvent plus de 30 % d’herbicides en plus que le soja habituel (6). Des études récentes, publiées en 2001, font état de perte de productivité lors de la culture du RR Soja (7). Après cinq années de culture industrielle de plantes transgéniques aux États-Unis et au Canada, on s’aperçoit que les mauvaises herbes sont devenues résistantes aux herbicides. Afin de maîtriser ces champions de l’adaptation, les paysans doivent utiliser des cocktails de désherbants puissants (8). Autre exemple de promesses non tenues par l’industrie des OGM: le riz dopé à la vitamine A. Le but annoncé de ce produit est d’enrayer le problème du déficit de la vitamine A, qui est à l’origine de la cécité infantile en Asie et qui cause près d’un million de morts par an. Alors que les lobbyistes du génie génétique se vantaient de pouvoir sauver la vue de 500 000 enfants tous les ans, la réalité a forcé certains d’entre eux d’avouer que la publicité avait été fortement exagérée (9). D’ailleurs, la teneur en vitamine des grains de riz est beaucoup trop faible pour pouvoir guérir des déficiences. D’où la décision des chercheurs de tripler la dose – non sans admettre que même dans ce cas-là, le riz produit ne suffira pas à couvrir les besoins (10). Cette conclusion recoupe les chiffres avancés par l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) et la FAO qui disent très clairement que couvrir les besoins en vitamine A est inconcevable de cette manière (11). L'agriculture industrielle: un cul-de-sacDepuis les années 1960, la « révolution verte » - sous la direction de l’industrie agraire - aurait dû combattre la faim dans les pays en voie de développement par l’emploi massif de pesticides chimiques, d’engrais et de variétés à haut rendement. Elle a cependant largement contribué à ce que deux tiers de la surface cultivable soient devenus inexploitables à cause de l’érosion, de la salification, de la réduction des substances nutritives et de la pollution (12). La destruction du sol à l’échelle planétaire, causée par l’agriculture industrielle, est telle que l’on peut douter de la disponibilité à long terme des écosystèmes agraires à produire des aliments (13). Aux dégâts écologiques s’ajoutent les conséquences sociales: les petits agriculteurs sont anéantis et les produits chimiques détruisent la santé de beaucoup de gens. L’agriculture industrielle, avec comme joker le génie génétique, contribue largement à détruire l’environnement et les ressources naturelles et par conséquent le fondement de toute sécurité alimentaire. Un changement radical de mentalité s’avère nécessaire. La solution n’est pas de « donner à manger » à tout le monde, mais de donner la possibilité à tout le monde de se nourrir soi-même. Des programmes qui soutiennent l’agriculture locale, en faisant participer la population pauvre, représentent des solutions positives du point de vue écologique et social. De nombreuses études nous révèlent que l’agriculture traditionnelle mène à une productivité élevée et qu’elle reste la meilleure des solutions à long terme. Des plantes autochtones, adaptées depuis des milliers d’années aux conditions écologiques locales, représentent, avec le concours de mesures de préservation du sol, d’engrais organiques et des mesures de protection phytosanitaires intelligentes, un moyen de subsistance fiable (14). Maintenir la diversité des variétés locales y revêt d’une importance capitale. Les solutions existent et elles sont nombreuses, mais ce qui fait défaut sont les programmes d’aide et de subvention. Force est de constater que les gouvernements et les organisations internationales commencent à délaisser leur responsabilité dans la recherche agraire et la promotion de l’agriculture durable. Il est cependant primordial que ce secteur reste aux mains des autorités publiques et non des multinationales agroalimentaires qui ont pour seul souci l’augmentation constante de leurs profits. Non seulement des organisations écologiques, mais aussi des organisations d’aide au développement telles que Christian Aid ou « Brot für die Welt » considèrent « l’agriculture transgénique verte » plutôt comme une erreur qui ne ferait qu’augmenter la faim et la pauvreté dans le monde (15). L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) conclut que « les plantes transgéniques n’ont jusqu’à ce jour peu ou pas du tout contribué à la sécurité alimentaire » (16). Famine en Afrique méridionale: «les mendiants n’ont pas le choix»Le combat pour l’agriculture transgénique va s’opérer sur le dos de 20 millions d’affamés dans les régions de l’Afrique méridionale. Le gouvernement américain et l’industrie du génie génétique ont procédé à un nouvel essai l’année dernière pour faire accepter l’introduction des aliments transgéniques et ont voulu forcer plusieurs États de l’Afrique méridionale, en proie à la famine, d’accepter des cargaisons alimentaires contenant du maïs transgénique. Néanmoins, la Zambie, le Zimbabwe et le Mozambique ont émis des doutes. En effet, ces pays redoutent que le maïs transgénique, livré sous forme de graines germinatives, puisse être cultivé de façon incontrôlée et ainsi mettre en danger l’agriculture locale non transgénique. En août 2002, Andrew Natsios, un représentant de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), a accusé des mouvements écologistes comme Greenpeace de mettre en danger des vies humaines en Afrique du Sud en influençant ces pays menacés par la famine et en les persuadant de ne pas importer du maïs transgénique. L’administration Bush, selon les dires de Natsios, ne tolérerait pas que « ces groupes laissent mourir des millions de personnes pauvres de l’Afrique méridionale en raison de leur campagne idéologique » (voir à ce sujet la lettre ouverte de Greenpeace International adressée au secrétaire d’État américain Colin Powell). Lors du sommet mondial sur le développement durable qui s’est tenu à Johannesbourg l’année dernière, le secrétaire d’État américain Colin Powell s’est vu hué pendant cinq minutes par l’assemblée plénière des représentants des Nations Unies et des spectateurs pour la position du gouvernement américain sur cette question. Alternatives non transgéniques pour les affamés de ce mondeIl n’est pas concevable et il n’y a aucune justification à ce que des États menacés par la famine dans les régions du sud de l’Afrique soient manipulés de sorte à devoir accepter contre leur gré des aliments transgéniques. Les alternatives aux livraisons américaines de maïs transgénique pour les populations du Zimbabwe, du Malawi, de la Zambie, du Mozambique, du Lesotho et du Swaziland ne sont pas la famine et la mort. On pourrait très bien subvenir aux besoins des mal-nourris africains avec des aliments non transgéniques. Dans ces régions du sud de l’Afrique, plus de 1,3 million de tonnes d’aliments non transgéniques sont disponible sur place, les besoins étant estimés à 1,6 million de tonnes environ (17). Comble de cynisme, même les Etats-Unis seraient en mesure de fournir des aliments exempts de transgénique, puisque 70 % du maïs américain est non transgénique ! Toutes les organisations d’aide les plus importantes et les pays donateurs sont d’accord sur un point: le moyen le plus efficace pour combattre la famine ne consiste pas dans la livraison de produits alimentaires de la part des pays industrialisés, mais dans l’aide financière. Le « World Food Program » (WFP), l’Union Européenne et d’autres pays donateurs — contrairement à la politique menée par les États-Unis d’Amérique — proposent essentiellement une aide financière, de sorte que les produits alimentaires dont ces pays ont besoin peuvent être achetés sur place. Cette aide financière contribue à développer l’économie locale et à diminuer la dépendance vis-à-vis des pays donateurs (18). USAID: le promoteur des multinationales agrochimiquesDes ressources non transgéniques sont disponibles, mais cela n’est pas conforme à la position pro-OGM du gouvernement américain. L’ administration américaine compétente a répondu aux doutes émis par les Africains par la remarque suivante: « Beggars can’t be choosers », les mendiants ne sont pas en position de choisir (19). Certes, les États-Unis d’Amérique sont le plus gros donateur mondial d’aides alimentaires et procurent environ 60 % de l’aide globale aux régions du sud de l’Afrique (993.050 tonnes d’une valeur de 508.745.176 dollars) sous forme de produits alimentaires. Mais derrière les motivations de l’administration Bush à vouloir jouer au bon samaritain se cachent évidemment des intérêts économiques de fer. Car d’un côté, les donations américaines en produits alimentaires représentent une subvention cachée de l’agriculture américaine qui se garantit ainsi une place privilégiée sur le marché de l’exportation du blé, du maïs et du soja. De l’autre côté, le gouvernement américain, USAID et l’industrie des biotechnologies abusent de la situation catastrophique qui règne dans les États de l’Afrique méridionale afin de faciliter l’introduction des plantes transgéniques américaines sur le marché africain. USAID est sponsorisé par de grosses multinationales qui opèrent dans les biotechnologies. En plus, USAID se fait conseiller de manière tout à fait officielle par des militants en faveur du génie génétique renommés. Selon des directives émises par USAID, il est illégal de « mettre à la disposition des agriculteurs africains des aides si celles-ci donnaient la possibilité aux pays en voie de développement d’entrer en concurrence sérieuse avec des multinationales américaines du génie génétique » (20) – en d’autre termes de leur donner la chance de se rendre indépendants vis-à-vis des intérêts économiques américains. En route pour une véritable « révolution verte »À long terme, le but doit être de combattre les causes de la faim dans ces pays. Un vrai progrès consisterait dans le fait que ces populations pauvres puissent subvenir elles-mêmes à leurs besoins. Le problème de la malnutrition mondiale ne sera pas résolu par les OGM, au contraire cela ne va qu’aggraver la situation. Au lieu de promouvoir des développements high-tech, il faudrait réorienter la politique agricole, économique et commerciale afin de favoriser des programmes locaux pour le développement durable. Ces programmes rendraient les agriculteurs indépendants des engrais et des pesticides, les feraient renoncer aux monocultures et les aideraient à pratiquer une agriculture diversifiée. De telles initiatives, conjointement à la réforme agricole, des programmes de crédits, des programmes de formation et un commerce équitable, sont des moyens efficaces pour aider les pays en voie de développement à venir à bout de la famine et de garantir aux agriculteurs leurs moyens de subsistence.
Open letter to Secretary Colin
Powell from Greenpeace International, In several recent press reports regarding the famine in southern Africa, United States government officials have accused Greenpeace of lobbying African governments against accepting GMO maize as food aid. This is an outright lie. Our organization has not had contact with any African government in order to encourage them to reject GM food aid. In a recent Washington Times interview, US Agency for International Development administrator Andrew Natsios “accused environmental groups of endangering the lives of millions of famine-threatened Africans by encouraging their governments to reject genetically modified food aid.” US officials then identified one of the groups referenced by Natsios as Greenpeace. This type of behavior from an administration official is unacceptable, and we demand an immediate retraction of his comments and a formal apology. Remi Parmentier
(1) “It is
the fear of Europe that is keeping our corn out of the mouths of hungry people
in Africa. European consumers are not sure about biotechnology, so hungry people
in Africa don’t eat it. It’s that simple.” David Hegwood, special Counsel to the
Secretary of the USDA, Office of International Information Programs, US
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